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  • Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

Serigne Touba, au-delà de l'exil

Dernière mise à jour : 26 oct. 2023

Le destin ne lui a pas laissé le choix : il devait être un grand homme.


Né de l’union des Mbacké et des Bousso, deux grandes familles originaires du Fouta et réputées pour leur érudition dans l’enseignement du Coran et des sciences religieuses, le deuxième enfant de Mame Marième Bousso et de Mame Mor Anta Saly a vu le jour vers 1853 à Mbacké Baol (1), village créé cinquante-sept ans plus tôt par son arrière-grand-père, Mame Maarame.


Déjà, au moment de rejoindre le domicile conjugal, sa mère, surnommée Diarratoullah (ou la voisine de Dieu), se soumettant à la Volonté divine, signalait : « N’était le Décret faisant de Mouhammad (PSL) le sceau de la prophétie, je mettrais au monde un prophète (2). »


À défaut d’enfanter ce prophète, elle l’aura éduqué comme tel, le berçant avec les exploits des grandes figures religieuses qui devinrent aussitôt les modèles de Cheikh Ahmadou Bamba. N’a-t-il pas commencé, dès le bas-âge, à priver son corps de sommeil et à l’habituer aux génuflexions nocturnes ?


L’assassinat de son oncle paternel Abdou Khadir par des Thiédos et l’enlèvement de sa petite sœur, Sokhna Faty Mbacké, par des chasseurs d’esclaves, dans la période de 1863/64 (3) ; puis le décès, à trente-trois ans, de sa mère, affectèrent Cheikh Ahmadou Bamba. Mame Marième Bousso repose à Porokhane, près du Nioro du Rip où l’Almamy Maba Diakhou Ba, dans sa guerre sainte entamée en 1861 sur recommandation d’El Hadj Omar Tall, avait fait venir autour de lui de nombreuses familles religieuses du Baol et du Djolof.


L’absence maternelle n’esseula pas l’orphelin de treize ans qui avait déjà récité l’intégralité du Coran sous la guidée de son grand-père Tafsir Mbacké Ndoumbé, avant d’être confié à son oncle Mouhammad Bousso et de revenir entre les mains de son père (4).


Maba tué en 1867 à la bataille de Somb, Lat Dior qui était venu chercher renfort au Nioro décida de rentrer au Cayor. Rétabli sur le trône en 1871, il fit venir auprès de lui, un an après, Mame Mor Anta Saly à qui il demanda d’être son Cadi (jurisconsulte). « L’Imam des savants (5) » ira s’installer à Patar, près de Keur Ahmadou Yala, la capitale de Lat Dior, tandis que Cheikh Ahmadou Bamba resta au Saloum avec son oncle Mouhammad Bousso. Il y fut confié à un autre oncle, Serigne Samba Toucouleur Ka, qui l’initia aux différentes disciplines de la théologie islamique (6).


Venu rejoindre son père à Patar, l’étudiant se voit confier des missions de plus en plus importantes au sein du Daara paternel où il poursuit sa formation, tout en allant s’abreuver à d’autres éminentes sources de science. L’intime de son père, le Cadi Madiakhaté Kala, maître de la belle poésie, lui transmit son art. Mouhammad Ibn Mouhammad al-Karim, mieux connu sous le nom de Muhammad el-Yadâlî sous nos cieux, lui enseigna, quant à lui, la rhétorique à Ndiagne, à cinq kilomètres, où il se rendait à pied.


Ne se contentant pas de maîtriser les enseignements reçus, Cheikh Ahmadou Bamba entreprit de les rendre plus accessibles aux autres apprenants. Ainsi versifia-t-il Kubra, le grand traité de théologie d’al-Sanûsî ; Bidaya al-Hidaya de l’Imam al-Gazâlî (devenu Mulayyin es-Sudûr, puis Munawwir al-Sudûr) ; le traité de rituel d’al-Akhdari (devenu Al-Djawhar al-Nafîs). Il composa, en outre, Djahbatou Sighar. Et Mame Mor Anta Saly fut le premier à utiliser les travaux de son fils pour former ses autres étudiants.


Après le transfert de la capitale de Lat Dior à Souguère, Mame Mor Anta Saly fonda à côté, en 1880/81 (7), le village de Mbacké Kadior. Il y rendit l’âme deux ans plus tard, à 61 ans, et fut enterré à Dékheulé. Son décès marqua un tournant dans la trajectoire de Cheikh Ahmadou Bamba qui déclina l’offre, que lui a faite Serigne Taïba Mouhammad Ndoumbé Maar Syll (8), d’aller prendre les fonctions étatiques de son père auprès de Lat Dior.


L’affirmation de sa volonté de dédier sa vie exclusivement à Dieu et à Son prophète Mouhammad, sans proximité avec les hommes politiques, fut prise pour de la folie. Incompris, Cheikh Ahmadou Bamba se confia dans ces vers adressés au Cadi Madiakhaté Kala :


Penche vers les portes des sultans, m’ont-ils dit

Afin d’obtenir des dons qui te suffiraient pour toujours

Dieu me suffit, ai-je répondu, et je me contente de lui

Rien ne me satisfait hormis la science et la religion

(…)

Ô toi qui me blâmes, ne va pas loin, cesse de me blâmer !

Car mon abandon des futilités de cette vie ne m’attriste point

Si mon seul défaut est ma renonciation aux biens des rois

C’est là un précieux défaut qui ne me déshonore point (9).


La contestation par Cheikh Ahmadou Bamba de la jurisprudence rendue à l’issue de la bataille de Samba Sadio en 1875, où les hommes de Lat Dior et les Français ont tué Ahmadou Cheikhou Ba (accusé de s’être proclamé prophète) et réduit les partisans de celui-ci en esclaves, n’aura pas aidé à le rapprocher des princes du Cayor. Il finit par quitter Mbacké Kadior et s’installer dans son Mbacké Baol natal en 1884, après que la plupart des étudiants de son père l’ont quitté lorsqu’il leur a annoncé ne plus se limiter à une instruction livresque ; le prophète l’ayant chargé d’assurer également leur formation spirituelle (10).


Cheikh Ahmadou Bamba et le groupe de disciples l’ayant suivi à Mbacké Baol y restèrent quatre ans, au cours desquels il leur apprit les textes religieux et la maîtrise de leur âme. À ses Mourides (les Aspirants), il rappelle les obstacles sur la voie de Dieu identifiés par ses prédécesseurs soufis et les éloigne de la procrastination, considérant que « le travail fait partie de la religion » :


Il existe six obstacles

Que doit franchir celui qui cherche à atteindre Dieu

Ce sont : manger à l’excès, boire à l’excès

L’excès de fréquentation, le bavardage, l’excès de sommeil

Et se distraire de la mention du Nom de notre Seigneur pacifique

Référez-vous à Jawâhir al-Macâni

Un ouvrage de notre vénérable Cheikh Ahmad al-Tijâni

(…)

Le vrai adepte mystique est celui

Qui fait un bon usage de son temps

Celui qui ne reporte aucun travail

Car le report entrave souvent l’accomplissement des devoirs

Référez-vous à Jounnatoul Mourîd

Un ouvrage de notre Cheikh, le Calife bien-guidé (Sîdi Moukhtâr al-Kountî) (11)


Ses disciples, qui vécurent des exactions de toutes sortes à travers le pays (agressions, violences verbales « Xana jeeg, disait-on alors, lu mu bon bon mën a jur ab Murit », expulsions, spoliation…), virent leur nombre s’accroître significativement lorsqu’il quitta Mbacké Baol pour fonder Darou Salam en novembre 1886. Il aura auparavant effectué un long voyage à travers le pays, l’ayant conduit jusqu’en Mauritanie ; et écrit Masâlik al-Jinân (Les Itinéraires du Paradis), une versification du Khatimat al-Tasawuf de Muhammad ibn al-Mutkhtar al-Yaddâli, ainsi que Mawâhib al-Quddûs (Les Grâces de l’Éternel), une versification de Umm al-Barâhîn d’al-Sanûsî.


Cheikh Ahmadou Bamba ne resta qu’un an à Darou Salam, rejoignant Touba, sa terre sainte qu’il n’avait cessé de chercher. Ce village qui naquit en 1887 refusa vite du monde : esclaves, paysans, gens de castes et de l’aristocratie, princes déchus par la nouvelle tyrannie coloniale, religieux en quête de précellence, se regroupèrent autour de celui qui constitua un repère stable dans un Sénégal, une Afrique, en plein bouleversement.


C’est là que l’oppression coloniale, orientée vers la conquête territoriale entamée en 1855 par Faidherbe et reprise sous l’impulsion des républicains de Jules Ferry à partir de 1880, écrivit le premier rapport connu à son propos (12). Le nommé Tautain du bureau des Affaires politiques de Saint-Louis somme, le 19 mars 1889, l’administrateur du Cayor de vérifier si Cheikh Ahmadou Bamba est installé à Touba qui serait « une position légèrement suspecte, car elle serait fort bien choisie pour grouper peu à peu un certain nombre d’adhérents et se livrer, sans trop attirer l’attention, à la prédication. » Ordre est également donné à l’administrateur du Cayor « d’exercer sur l’individu une surveillance constante, quoique prudente, pour ne pas le poser en martyre de sa foi… »


Cette paranoïa de l’oppression coloniale n’a rien de surprenant, puisque celle-ci est consciente de l’injustice qu’elle symbolise (travail forcé, travail obligatoire, indigénat, imposition à partir de cinq ans et sur les morts, enrôlement forcé, racismes (13)…) et de la résistance qu’elle suscite. Pour avoir déjà tué ou aidé à tuer Ahmadou Cheikhou, Damel Samba Laobé Khourédia Mbodj Fall (en 1886), Lat Dior (en 1886), Mamadou Lamine Dramé (en 1887), Abdoul Bocar Kane (en 1891), Damel Samba Yaya Fall (en 1891), en plus de nos 20 000 compatriotes assassinés sous le seul commandement de Faidherbe (14) ; pour avoir fait disparaître El Hadji Omar Tall (en 1864) et fait s’exiler Alboury Ndiaye le fédérateur (en 1890) ; espionner un marabout n’était qu’une banalité : de même que l’exiler.


Après avoir été le chercher au Djolof (où le besoin d’un meilleur environnement pédagogique l’a conduit avec ses disciples à Mbacké Baary à partir d’avril 1895), l’oppression coloniale, qui a dépêché environ 130 cavaliers (15) commandés par l’administrateur principal Leclerc, arrêta Cheikh Ahmadou Bamba le samedi 10 août 1895 (18 Safar 1313 H (16). Elle le garda prisonnier à Saint-Louis durant un mois et dix jours, avant de le faire comparaître, le 5 septembre 1895, devant un Conseil privé constitué de dix colons imposteurs, dont six intérimaires.


À l’unanimité, ce Conseil qui a visé à la lettre le rapport du directeur des Affaires politiques Merlin, mentant même sur les informations les plus élémentaires (en présentant, par exemple, Mame Cheikh Anta comme l’oncle de Serigne Touba), décida « d’enlever Ahmadou Bamba, non seulement à la région où son action se faisait le plus immédiatement sentir, mais au Sénégal même, et de l’interner au moins pour quelques années, dans un pays éloigné, tel que le Gabon, où ses prédications fanatiques n’auront aucun effet. »


Et ce, alors qu’il est affirmé dans ce même rapport à charge : « Il ressort clairement que si l’on n’a pu relever contre Ahmadou Bamba aucun fait de prédication de guerre sainte bien évident, son attitude, ses agissements et surtout ceux de ses principaux élèves, sont en tous points suspects. »


Ainsi, sur la base de la simple suspicion de faits ne lui étant pas directement imputés et sur celle d’une décision n’ayant présenté aucun de ses moyens de défense, l’oppression coloniale conduisit, à bord d’un wagon réservé aux chevaux, Cheikh Ahmadou Bamba à Dakar, le jeudi 19 septembre. Elle le tortura à l’actuel Camp Dial Diop durant la nuit. Les Lébous du Pénc de Cëddéem, et Sokhna Anna Diakhère Faye la grande dame, lui apportèrent leur soutien, sans parvenir à empêcher son embarquement à bord du Ville de Pernambouc.


À bord du paquebot, le Clément m’a appris

Que je suis le serviteur du chef de Médine

Le paquebot, plein de voyageurs,

Passa la journée du vendredi et la nuit du samedi en rade

À bord de ce paquebot bien plein

Je reçus mon adepte (Mame Cheikh Ibra Fall) alors qu’il était bien attristé

Lui fis mes adieux et regagnai ma place, le cœur bien éprouvé (17)


Renonçant à interjeter appel auprès du gouverneur Jean-Baptiste Chaudié nouvellement nommé (18), Cheikh Ahmadou Bamba quitta le Sénégal le 21 septembre 1895 et passant par Conakry (où il apprit le nom de sa destination), Grand Bassam, Dahomey, il arriva à Libreville le mercredi 2 octobre (19). Il y resta environ trois mois, y échappa à deux tentatives d’assassinat (une fusillade et une embuscade), avant d’être transféré dans l’île de Mayumba.


Confronté aux moqueries, aux brimades, aux injures, des soldats de l’oppression coloniale, l’éclaboussant avec leur urine et leur alcool ; exposé à un changement de climat hostile, en regard de la forte humidité du pays (avec, par exemple, une pluviométrie annuelle de 2392.02 mm entre 1896 et 1898 (20) à Libreville), son sous-peuplement et sa faune venimeuse ; il s’arma d’endurance et se mit à produire mille (21) écrits portant sur Dieu, Son prophète et l’islam en prenant comme témoin l’île, qu’il apostropha en ces termes :


Témoigne, ô mer de Mayumba, que je suis l’esclave du Pardonneur

Et le serviteur de l’Élu (Mouhammad)

Témoigne que je ne flatterai jamais un idolâtre

Et que je demeurerai l’ami intime de celui qui m’a entouré d’honneur (22)


Refusant de toucher les 50 francs mensuels relatifs à son statut de détenu politique, il accomplit un jeûne particulièrement difficile au Ramadan de 1315 H, rompant avec la sève des feuilles (23). Et c’est à cette période où les soldats de l’oppression coloniale s’amusaient à raser la petite mosquée en bois qu’il avait érigée devant sa chambre que Cheikh Ahmadou Bamba, qui avait la défense de l’agent Yéli Sèye, écrivit :


Ô Tout-Puissant qui rassembles et disperses

Ramène-moi à Darou Salam où je t'entretiendrai

(…) Accorde-moi toujours des connaissances utiles à moi-même et aux autres

(…)

Accorde-moi toujours le pouvoir de secourir tous les hommes (24)


Sa famille (confiée à son frère Mame Thierno Ibrahim) et ses disciples restèrent environ trois ans sans avoir de ses nouvelles (l’oppression coloniale l’ayant déclaré mort (25) ; tandis que la première fois qu’il réentendit le wolof le remplit de nostalgie : « La dispute se déroulait tout près de moi, en wolof. Même si les deux hommes ne maîtrisaient pas la langue, le seul fait que j’entendais celle-ci après un long éloignement, me rappela immédiatement mon peuple et mon pays, si bien que je me sentis comme si j’y étais. »


Que ne fut donc sa joie ce mardi de 1898 où se présenta à sa porte son compatriote et disciple Serigne Modou Lo Dagana. Celui-ci, ayant quitté son Koki Gouye natal exactement un an plus tôt était passé, sans connaître sa destination, par Banjul, Ziguinchor, Karabane, Sédhiou, Jaxala Mandinka, (Sierra Leone), Béréby, Morovia, Grand Leone, Grand Popo, Karleone, Bolama, Cap des Palmes, Bingerville, Grand-Bassam, Abossa, Abidjan, Soussa (26), Accra, Ouidah, Lagos, Bata, Douala, Porto-Novo, Cotonou, Setté Cama, Cap-Lopez, Loango, pour le retrouver à Mayumba (27). L’honorable disciple avait prévenu les siens : « Ou je retrouverai Cheikh Ahmadou Bamba, ou vous ne me reverrez plus.(28) »


Il retournera au Sénégal quelques mois plus tard, pour revenir au Gabon accompagné de Mame Cheikh Anta (le frère de Cheikh Ahmadou Bamba d’après qui a été baptisé Cheikh Anta Diop, le pharaon du savoir) et un disciple de celui-ci, Serigne Modou Ndiaye Diop. En cette fin de 1899 (29), ils retrouvèrent Cheikh Ahmadou Bamba à Lambaréné, près de l’Ogoué, chez les Galwa.


Les épreuves subies à Lambaréné ont été telles que Cheikh Ahmadou Bamba affirme ne connaître « rien de plus pénible qu’elles en dehors de l’agonie (30) ». Mame Cheikh Anta rentra au Sénégal avec ses écrits d’exil, tandis qu’il y resta un peu moins de trois ans. À leur cours, il y apprit la mort de l’Almamy Samory Touré (lui aussi déporté au Gabon, à Njolé) ; y endura les sévices de son compatriote Mambaye Ahmadou Fara Biram Lo (alors commandant de cercle de Lambaréné et de la Ngougné) ; y reçut le soutien de Sidy Mabo (son autre compatriote renvoyé de l’oppression coloniale pour être devenu disciple du déporté) ainsi que celui de Samba Laobé Peinda (Buurba Jolof destitué, puis exilé pour être devenu Mouride, accusé de haute trahison grâce aux manigances de l’interprète Ma Abdou Lô (31), frère de Mambaye Biram Lô) ; et y accueillit Serigne Fallilou Fall, fils aîné de Mame Cheikh Ibrahima qui l’a dépêché à ses côtés.


Il est à signaler que le Gabon, à l’instar de Madagascar, la Nouvelle Calédonie, la Guyane, l’Île du Diable et Saint Joseph, était un lieu de déportation, un mouroir pour la majorité, où on retrouvait, entre 1890 et 1900, des prisonniers politiques et de droit commun issus du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, de la Mauritanie et du Sénégal (32).


La liesse couvrit le Sénégal lorsque le mardi 11 novembre 1902, le Ville de Maceïo arrima à Dakar avec, à son bord, Cheikh Ahmadou Bamba et Serigne Modou Lô Dagana, qui eurent tenu à payer leurs propres titres de transport. Celui qui avait prié, en apprenant qu’ils étaient à leur tour exilés, pour Serigne Lompagne Mouhammad Seck et Serigne Mouhammad Diop Aram Faty afin que Dieu « les préserve de tout ce qui provoque le doute », partagea son triomphe : « Que mon retour, dit-il, soit le bonheur de mes disciples, qu’ils soient tous préservés du feu de la résurrection. »


À peine a-t-il le temps de saluer ses disciples et d’en accueillir de nouveaux, de retrouver sa famille et de rencontrer, pour la première fois, son fils Mouhammadou al-Bachir, père de l’actuel Khalife général Serigne Mountakha le bienheureux, qu’un nouveau détachement de 150 tirailleurs et de 50 spahis, disposant un total de 20 000 cartouches, est envoyé l’arrêter à Darou Marnane, pendant que les frontières avec la Gambie sont fermées.


La nouvelle arrestation, qui a eu lieu le 14 juin 1903 (33), a dû être une grande déception pour l’administrateur de Tivaouane, le nommé Allys qui considère Cheikh Ahmadou Bamba comme « un danger permanent (34) » et qui avait déjà exposé, le 1er juin 1903, sa solution à Merlin, devenu gouverneur général par intérim de l’AOF le 10 juin : « Puisque Amadou Bamba refuse de venir à Saint-Louis, il faudrait l’envoyer cueillir par l’escadron et l’expédier de nouveau au Congo. S’il y a des coups de fusils échangés, et il y’en aura, sitôt pris, le passer par les armes. Morte la bête, mort le venin (35). » Dire que le 25 avril de la même année, ce même Merlin, dans une lettre confidentielle adressée à l’administrateur de Thiès, confessait : « Bien que les faits que vous me signalez me paraissent considérablement grossis, ils ne méritent pas moins d’être vérifiés à bref délai. (36) »


Ainsi, après avoir utilisé les services du jeune Mbakhane Diop (37), qu’elle a aliéné à l’École des Otages après avoir tué son père Lat Dior, l’oppression coloniale envoya, le 17 juin 1903 (38), Cheikh Ahmadou Bamba à un second exil à Souet-el-Mâ, en Mauritanie. Elle le confia à Cheikh Sidya Baba, qu’elle prit à tort pour le maître de Cheikh Ahmadou Bamba. Par ailleurs, croyant que les Maures sont plus instruits que les Sénégalais et qu’ils n’accepteraient jamais d’être devancés par un Noir, l’oppression coloniale se flattait déjà d’avoir trouvé le moyen de freiner l’influence de leur prisonnier.


À la grande déception des colons, Cheikh Ahmadou Bamba reçut les honneurs des campements de Khommak, Sarsaara, Tountoumoukhzin, Jaraary, Timerkaay (39), par où il passa ; et des membres de toutes les couches sociales lui prêtèrent allégeance. En 1907, celui qui rentra à nouveau au Sénégal avec son propre wird Ma’khoûz (après avoir longtemps pratiqué, au moins huit ans pour chacun (40), les wirds qadrite, chadhilite et tidiane) avait également dans ses valises un recueil de poésie composé par cinquante-trois Mauritaniens. Cheikh Sidya Baba, ouvrant les éloges, proclama :


Le Cheikh Ahmad est un bienfait

Que leur Maître a accordé à toutes les créatures (41)


L’oppression coloniale, qui avait une nouvelle fois tenté de l’assassiner à travers un Mauritanien (42) du nom de Naari, connaissait mal son ennemi. Autrement, elle aurait su que l’auteur de ce propos n’était animé du moindre complexe envers quiconque : « la couleur de peau ne saurait être la cause d’idiotie d’un homme ou de sa mauvaise compréhension (43) ». N’eut-il pas également dit, à des disciples sénégalais venus le trouver en Mauritanie et imitant l’habillement des Maures (pour échapper aux coupeurs de route), que : « ngeen di murit-muritlu, ñu leen di rey benn-benn ci yoon bi ba kenn ci yéen du yeggsi ci man, moo ma gënal ngeen di naar-naarlu. (44) » N’eut-il pas enfin recommandé à Serigne Samba Diarra Mbaye, le pionnier de ses Taalifkat, d’écrire ses poèmes en wolof ; lui-même Cheikh Ahmadou Bamba n’écrivant les éloges du prophète en arabe que parce que c’est la langue maternelle du chef de Médine ? C’est donc grâce à sa recommandation que Cheikh Samba Diarra a pu nous émerveiller avec des vers d’une telle beauté :


Bu leen ma yéem, yéem leen ko, ndax

Du man di wax, mooy ka di wax

Waxande laa wuñ tëjji wax

Bu ma tijjee may lammiñam


À Thiéyène, à 60 kilomètres de Louga, Cheikh Ahmadou Bamba est placé en résidence surveillée jusqu’à la nuit du samedi 13 janvier 1912. Cinquante personnes sont autorisées à être avec lui, tandis que ses visiteurs font l’objet de repressions physiques (bastonnades) et administratives. En obligeant les disciples, pour obtenir un laissez-passer, à présenter leur ticket d’impôt, leurs noms et le nombre d’animaux les accompagnant, la liste des cadeaux qu’ils désirent remettre à leur hôte, leur itinéraire, la durée de leur voyage, l’administrateur du cercle de Louga est, encore une fois, conscient de la nature arbitraire de ces dispositions. S’adressant au gouverneur, il écrit : « Ces mesures paraîtront peut-être excessives, mais je n’en vois pas de plus pratiquement capables d’enrayer le fort flot des visiteurs. (45) »


À 59 ans, Cheikh Ahmadou Bamba rejoignit Diourbel, toujours en résidence surveillée. Tous ses grands disciples l’y retrouvèrent, faisant de cette ville la cité effervescente des sciences. Celui à qui on a voulu faire renoncer sa religion réaffirmait, plus que jamais, qu’« il n’y a de Dieu que Dieu, et que Mouhammad est son prophète. » Tutoyant l’ire colonialiste, il faisait réciter, quatre fois par jour, le Coran ; tandis que ses Khassaïdes et les Zikr des Baye Fall, plus mélodieux que le silence de la nuit, purifiaient et exaltaient les âmes.


C’est là, à Diourbel, qu’il dirigea, un mardi de 1921, la première célébration du 18 Safar, demandant à ses disciples de l’« aider à rendre grâce à Dieu ». C’est là, en 1921, qu’il déclara, apprenant le décès de Mame Mor Diarra, son aîné germain lui ayant également enseigné la métrique : « N’eût été ce qu’il me reste à parachever dans mes services au Coran, aux hadiths et aux créatures, je n’aurais pas passé une nuit de plus sur terre après ce jour. » C’est là, à Diourbel, qu’il fit écrire à ses dix-sept scribes, en trois jours, au mois de ramadan de 1924, le Coran entier. C’est là, à Diourbel, qu’il inaugura, à la Korité de la même année, sa première mosquée venue remplacer celle détruite à Mayumba. C’est là, de Diourbel, qu’il lança, en 1925, le projet de construction de la grande mosquée de Touba. Et c’est aussi là, à Diourbel, qu’il refusa la Croix de chevalier de la Légion d’honneur, ce tas de ferraille que l’oppression coloniale a jugé utile de lui décerner et qu’elle croyait capable d’effacer subitement sa propre conduite ignominieuse.


Revers que l’administrateur du cercle de Baol présenta ainsi dans un courrier (46) du 14 janvier 1919 adressé au gouverneur du Sénégal : « J’ai décidé Amadou Bamba à accepter également la Croix (de Chevalier de la Légion d’honneur), qu’il ne portera certainement jamais, ses principes religieux, m’a-t-il dit, s’y opposant. » Le gouverneur lui-même aura sa réponse lorsqu’il le convoqua en mars 1920, à Dakar, pour le remercier. Le « captif de Dieu (47) » lui dira : « Je m’étonne que vous me remerciiez, car je n’ai obéi à aucun de vos ordres et n’ai respecté aucun de vos interdits. (48) »


Le mardi 19 juillet 1927, au crépuscule, Serigne Modou Moustapha, le plus âgé des fils de Cheikh Ahmadou Bamba, accompagné de quatre disciples (49), visita les appartements de son père qu’on n’avait plus vu depuis l’avant-veille. Il tomba sur son corps sans vie, posa sa main dessus, et lui fis cette élégie : « Ak a gore. Ak a am jom. Ak a mën a muñ. (50) »


Son témoignage est d’autant plus véridique qu’il est confirmé par ceux d’autres contemporains. Celui qui, selon le distingué érudit Serigne El Hadji Malick Sy, « a vécu sans commettre le moindre faux pas » ; celui que le généreux Serigne Cheikh Sadibou qualifie d’« éclat apparu au milieu de l’océan » ; celui que son brillant maître Cadi Madiakhaté Kala a désigné comme « le plus illustre des hommes » ; celui dont l’exil est considéré par le valeureux Serigne Bou Kounta comme « la marche victorieuse vers une station plus rapprochée de Dieu (51) », nous a appris la grandeur d’âme.


Malgré l’adversité et sa détention de trente-deux ans, Cheikh Ahmadou Bamba aura contribué à revivifier les sciences religieuses dans notre pays et partout où il est passé (par sa production personnelle et l’achat de bibliothèques) ; à mettre en place une confrérie instruite, organisée et autonome (faisant de l’esprit d’initiative, du travail en toutes saisons, le moyen collectif d’émancipation et d’utilité publique) ; à pérenniser notre dignité humaine (nous rappelant que nous n’appartenons à aucun homme sur terre, que nous ne sommes inférieurs à personne, que notre mérite dépend de nos vertus et non de nos privilèges sociaux, et que nous n’avons à singer autrui dans sa langue, dans son port, ou dans ses mœurs). Et plus que tout, il nous aura, à travers sa vie, démontré que rien de grand ne se construit sans la conviction.


Sa conviction en la Suprématie de Dieu et en l’élection du chef de Médine lui a valu l’amour indéfectible de ses disciples. Les plus éloquents ont essayé d’exprimer cet amour, sous toutes les formes, à travers leurs vers :


Lu buki wiri-wiri ne kuuj dem Ndaari

Man sama Ndaari mooy tagg ki soppi Ndaarib Daaru, yal a na sax

Te mooy ki fi soppi xàmbiy Ndaaru xutbu yu mat

Ñuy jiite ay Daaru, Bàmbaa tee ba réew mi nasax

Serigne Mor Kayré

Foo fekk waayam

Day gëniy baayam

Gëniy nijaayam

Céy waayi Bàmba !

Serigne Mbaye Diakhaté

Lu baax du baax ba weesu baax

Waa nde Sëriñ bee jall baax

Baax a ngi yem ci xotti baax

Baaxaale gaayi xarnu bi

Serigne Moussa Ka


Les millions d’autres disciples, dans cette formule brève, émue et pleine de reconnaissance, seul ou en chœur, à haute ou à basse voix, proclament : Jërëjëf Sëriñ Tuubaa !


Ces remerciements, avec les versets du Coran qu’il a défendus et les vers de Khassaïdes qu’il a écrits, traversent le monde entier et auréolent, depuis le 20 juillet 1927, sa sépulture, à Touba.



(1) La famille de Mame Mor Anta Saly a quitté Mbacké Baol pour fonder Khourou Mbacké environ trois mois après la naissance de Cheikh Ahmadou Bamba. Certains, comme Cheikh Anta Mbacké Babou, défendent que ce dernier est né à Khourou Mbacké même (voir Babou, Cheikh Anta Mbacké. « Généalogie, éducation, et baraka dans la famille Mbàkke : Une exploration de quelques sources de l’autorité spirituelle d’Amadu Bamba » Afrique & histoire, vol. vol. 7, no. 1, 2009, pp. 199-234.


(2) Cette anecdote est relayée par Serigne Abdoulaye Diop Bichri dans l’émission Sen Show de Sen TV, « Mame Diarra Bousso, une reference pour l’humanité ».


(3) Voir Babou, Cheikh Anta Mbacké. Fighting the Greater Jihad: Amadu Bamba and the Founding of the Muridiyya of Senegal, 1853-1913, Athens, Ohio University Press, coll. « New African Histories Series », 2007, 294 p. / Babou, Cheikh Anta Mbacké. « Généalogie, éducation, et baraka dans la famille Mbàkke : Une exploration de quelques sources de l’autorité spirituelle d’Amadu Bamba » Afrique & histoire, vol. vol. 7, no. 1, 2009, pp. 199-234.


(4) Cette version sur le curriculum de Cheikh Ahmadou Bamba est donnée par Serigne Bassirou. Elle diffère de celle donnée par Serigne Mouhammadou Lamine Diop Dagana qui informe que Cheikh Ahmadou Bamba a été initié au Coran par son oncle Mouhammad Bousso et a ensuite été confié à son grand-père Tafsir Mbacké Ndoumbé, avant de revenir entre les mains de son père. Selon cette dernière version, il n’avait pas encore mémorisé tout le Coran au moment du décès de son grand-père Tafsir Mbacké.


(5) C’est ainsi que Cheikh Ahmadou Bamba a désigné son père dans un poème qu’il lui a dédié.


(6) Voir le chapitre premier, Ir wâ en Nadîm (L’Abreuvement du Commensal dans la Douce Source du Serviteur) de Serigne Mouhammad Lamine Diop Dagana.


(7) Serigne Bassirou affirme que Mame Mor Anta Saly est décédé le mardi 20 du mois de Muharram de l’an 1299 H, tandis que Serigne Mouhammadou Lamine Diop Dagana dit qu’il s’agit du mois de Muharram de l’an 1300 H.


(8) Serigne Mouhammadou Lamine Diop Dagana, rapportant cette scène, désigne nommément Serigne Mouhammad Taïba Syll comme l’auteur de la proposition. (Cf chapitre premier d’Ir wâ en Nadîm de Serigne Mouhammad Lamine Diop Dagana).


(9) Cet échange poétique entre Serigne Touba et Cadi Madiakhaté Kala est rapporté par Serigne Mouhammadou al-Bachir dans la partie des témoignages contenus dans Minanoul Bakhil Khadim fi Siratoul Cheikh al-Khadim (Les bienfaits de l’Éternel).


(10) L’ordre reçu du prophète Mouhammad est contenu dans le deuxième chapitre d’Ir wâ en Nadîm ainsi que dans ces vers de Cheikh Ahmadou Bamba : Un des gestes prodigieux (de Mouhammad) consiste dans la rassurance / De son serviteur en lui donnant un ordre / L'ordre d'instruire ses adhérants / Ainsi que tous ses contemporains qui acceptaient son enseignement


(11) Ces passages poétiques de Cheikh Ahmadou Bamba, enseignements adressés aux disciples mystiques, sont extraits du deuxième chapitre d’Ir wâ en Nadîm (L’Abreuvement du Commensal dans la Douce Source du Serviteur) de Serigne Mouhammad Lamine Diop Dagana.


(12) Tautain, lettre du 19 mars 1889 à l’administrateur du Cayor, Archives Nationales du Sénégal, 3B/54, fol., 46, dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 25.


(13) Voir Professeur Gueye, Mbaye. « Cheikh Ahmadou Bamba : Contexte historique et géopolitique », dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 205.


(14) Ce chiffre des victimes de Faidherbe au Sénégal est arrêté par le Professeur Iba Der Thiam.


(15) Dans son rapport du 15 août 1895, Leclerc dit qu’il était « entouré des gardes, de 5 ou 6 cavaliers qui lui servaient de coursiers » et qu’il a été rejoint par « une soixantaine de cavaliers du Walo », suivis par « une autre troupe aussi forte. »


(16) Il est à noter que dans Jazâ es-sakûr, son carnet de bord, Cheikh Ahmadou Bamba dit être sorti de sa maison le 4 Safar 1313H. Certains exégètes, comme Serigne Mouhammadou Lamine Diop Dagana, considèrent que cette date correspond à celle à laquelle il avait l’intention de partir : ce qu’il n’avait pu faire, n’ayant pas reçu l’autorisation de son Seigneur.


(17) Ce poème sur l’au revoir avec ses disciples est repris dans Ir wâ en Nadîm (L’Abreuvement du Commensal dans la Douce Source du Serviteur) de Serigne Mouhammad Lamine Diop Dagana.


(18) Dans Jazâ es-sakûr, Cheikh Ahmadou Bamba évoque lui-même ce moment où il a failli interjeter appel, avant de se rétracter et d’écrire un poème partant du verset suivant : « Je remets, quant à moi, mon sort entre les Mains de Dieu, certes, Dieu connaît parfaitement ses créatures. »


(19) Cette information, tirée du manifeste du Ville de Pernambouc par un groupe de chercheurs, est partagée par Serigne Fallou Bousso Tamba, dans une interview « Serigne Touba et les 11 jours en mer entre Dakar et Libreville », diffusée le 4 octobre 2020 par Seneweb TV.


(20) Dr Duvigeau, Guide médical au Congo et dans l’Afrique équatoriale, à l’usage des fonctionnaires et des colons appelés à résider dans les postes dépourvus de médecins, Augustin Challamel Éditeur, 1900.


(21) Dans Ir wâ en Nadîm, Cheikh Ahmadou Bamba révèle avoir réalisé mille écrits entre ses séjours à Libreville et Mayumba. Fernand Dumont (dans « Cheikh Ahmadou Bamba et le Mouridisme sénégalais ») parle d’une œuvre écrite de 35 000 vers et 4000 lignes de prose ; tandis que le Professeur Amar Samb (dans « L’œuvre littéraire de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké ») a recensé 999 odes dans la salle des manuscrits de l’IFAN, signalant que son seul recueil Fulk ul-mashûn de 366 poèmes compte 11 347 vers.


(22) Cette exhortation à la mer de Mayumba se trouve dans Mbacké, Cheikh Ahmadou Bamba. Jazâ es-sakûr (Les Dons du Digne de Reconnaissance).


(23) Les détails de ce mois de jeûne difficile sont rapportés dans le deuxième chapitre du Minanoul Bakhil Khadim fi Siratoul Cheikh al-Khadim (Les bienfaits de l’Éternel) de Serigne Mouhammadou al-Bachir.


(24) Ce poème de Cheikh Ahmadou Bamba est extrait du quatrième chapitre d’Ir wâ en Nadîm (L’Abreuvement du Commensal dans la Douce Source du Serviteur) de Serigne Mouhammad Lamine Diop Dagana.


(25) Serigne Mbaye Gueye Syll revient plusieurs sur la lettre de l’oppression coloniale mentant sur la mort de Cheikh Ahmadou Bamba et enjoignant Mame Thierno de quitter Touba, comme dans son documentaire Diggante Sëriñ Tuubaa ak Maam Ceerno.


(26) Je n’ai pas pu identifier, dans le périple de Serigne Modou Lô Dagana, les deux villes en italique et ne peux garantir de l’exactitude de leurs noms.


(27) Pour retracer le périple de Serigne Modou Lô Dagana, se référer au poème en wolof Jazâ es-sakûr Géej gi de Serigne Moussa Ka, à partir du vers 537.


(28) Les envoyés de la famille de Serigne Modou Lô Dagana, Serigne Fallou Lô, Serigne Ousmane Lô et Serigne Abo Lô, reviennent sur son au revoir dans les émissions réalisées sur Al Azhar Touba et Medias TV.


(29) Dièye, Cheikh Abdoulaye. L’exil au Gabon, période coloniale 1895-1902 : Sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba, éditions Ndigel : fin 1899 est ici donnée comme le moment où Serigne Cheikh Anta et Serigne Modou Ndiaye ont entrepris leur voyage, sans précision sur la date de leur arrivée.


(30) Ce témoignage sur les difficultés à Lambaréné se trouve dans Mbacké, Cheikh Ahmadou Bamba. Jazâ es-sakûr (Les Dons du Digne de Reconnaissance).


(31) « Fara Biram Lô (Ma Abdou Lô) (…) a réussi à faire déporter Samba Laobé Peinda pour des motifs qui ont été par la suite reconnus inexacts (…) », Lettre confidentielle du gouverneur du Sénégal au commandant du cercle de Dagana, Archives du Sénégal, Recueil Chrono. Confidentiel. 1913, Lettre n° 302 du 27 novembre dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 81.


(32) Dièye, Cheikh Abdoulaye. L’exil au Gabon, période coloniale 1895-1902 : Sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba, éditions Ndigel : une liste détaillée des déportés se trouvent dans cet ouvrage.


(33) V. Allys, lettre du 14 juin 1903 suivie d’une décharge au gouverneur du Sénégal (Archives du Sénégal, dossier Bamba, juin 1903, pièce n°46, dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 115 et 116). Cheikh Ahmadou Bamba a rencontré ses ravisseurs à Diourbel le 14 juin, après avoir quitté son domicile à Darou Marnane la veille, un samedi, en début d’après-midi (ainsi que l’ont rapporté Serigne Mouhammadou Lamine Diop Dagana et Serigne Moussa Ka).


(34) V. Allys, lettre confidentielle du 28 mai 1903 du commandant de cercle de Tivaoune au gouverneur de l’AOF, Archives du Sénégal, dossier Bamba, mai 1903, pièce n°11, dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 101-102.


(35) V. Allys, lettre du 1er juin 1903 du commandant de cercle de Tivaoune au gouverneur de l’AOF, Archives du Sénégal, dossier Bamba, juin 1903, pièce n°1, dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 103.


(36) M. Merlin, lettre confidentielle du 25 avril 1903 à l’administrateur de Thiès, Archives du Sénégal, dossier Bamba, avril 1903, pièce n°12, dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 96.


(37) L’oppression coloniale a utilisé Mbakhane pour faire accuser Cheikh Ahmadou Bamba de ne pas respecter son autorité illégitime, et surtout pour l’accuser de cacher des armes dans son domicile.


(38) « Note sur l’affaire Amadou Bamba », Archives du Sénégal, dossier Bamba, juin 1903, pièce n°40, dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 118.


(39) Les noms des différents campements sont mentionnés dans L’exil au Gabon, période coloniale 1895-1902 : Sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba de Cheikh Abdoulaye Dièye, aux éditions Ndigel.


(40) Serigne Bassirou et Serigne Mouhammadou Lamine Diop Dagana ont tous les deux évoqué la pratique des wirds, et le premier a précisé la durée des pratiques dans l’introduction de son ouvrage.


(41) Poème de Cheikh Sidya Baba cité dans le dixième chapitre d’Ir wâ en Nadîm de Serigne Mouhammad Lamine Diop Dagana.


(42) Les détails de cet odieux incident se trouvent dans le sixième chapitre d’Ir wâ en Nadîm de Serigne Mouhammad Lamine Diop Dagana.


(43) Vers 49, Masalikul Jinaan (Les Itinéraires du Paradis).


(44) Cheikh Ahmadou Bamba a adressé ces propos à Serigne Modou Lô Dagana et à ses condisciples. Ils sont rapportés par Serigne Fallou Lô, envoyé de sa famille, sur le plateau d’Al Azhar Touba.


(45) Lettre du 3 octobre 1907 de l’administrateur du cercle de Louga au gouverneur du Sénégal, Archives Nationales du Sénégal, dossier Bamba, octobre 1907, pièce n°18, dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 131.


(46) Lettre du 14 janvier 1919 du commandant du cercle de Baol au gouverneur du Sénégal, Archives Nationales du Sénégal, 13G/12 – 1, dans Ba, Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1889-1927), 159.


(47) C’est ainsi que Cheikh Ahmadou Bamba se qualifie dans sa lettre adressée au résident de Diourbel dans une lettre de 1903 : « un captif de Dieu se suffit de son maître… Après ceci, il faut savoir qu’il est captif de Dieu, ne reconnaît d’autre Maître que Lui et ne rend hommage qu’à Lui Seul... »


(48) La rencontre entre Cheikh Ahmadou Bamba, Serigne Modou Moustapha, Serigne Mame Cheikh Anta, Serigne Balla Thioro, Serigne Massamba et le gouverneur à Dakar est relatée par Serigne Mbaye Gueye Syll dans le documentaire Sur les traces du Cheikh en exil : L’étape historique du Gabon réalisé par la RTS1. Pour plus d’informations sur cette rencontre, recourir aux travaux de Serigne Modou Khayri Diakhaté.


(49) Serigne Mouhammadou Lamine Diop Dagana, Serigne Makhtar Sylla, Serigne Abdoulaye Diop Léona, Serigne Cheikh Khary Dieng (et Serigne Fat Tacko Diop qui avait les clefs) étaient avec Serigne Modou Moustapha au moment de la découverte du corps sans vie de Cheikh Ahmadou Bamba.


(50) Cette élégie de Serigne Modou Moustapha est relayée par Serigne Ahmadou Ndiaye Nguirane (sur le plateau spécial Waajal Màggal 20 Muharram) et Serigne Gana Messéré (au QG 2020 de la TFM).


(51) Ces témoignages, avec bien d’autres, se trouvent dans les deux biographies : Ir wâ en Nadîm et Minanoul Bakhil Khadim fi Siratoul Cheikh al-Khadim.



Photo de couverture : © Lieutenant-colonel Paul Marty, 1913

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