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  • Photo du rédacteurCheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

Choisir son combat

La beauté de la vie vient de ce qu’on ne la contrôle pas totalement. Des pans entiers nous échappent. Son début et la fin, et beaucoup de ce qui se passe entre les deux.


Pourtant, il faut bien vivre. Le soleil est là pour nous le rappeler. Plus ponctuel que jamais, il réveille les jours, change leurs draps et leur montre le paysage. Gracieuses ou capricieuses, les saisons défilent. Elles nous vieillissent sans nous demander notre avis. Le vide est également là, béant et menaçant. Il suffit d’un rien pour qu’il prenne toute la place.


Instinctivement, chaque être s’active pour se sentir vivant. Cela donne une chorégraphie ou une course-poursuite gigantesque, laborieuse. Dans les crânes, des milliards d’idées se bousculent. Dans les cœurs, la tranquillité devient un puits lointain qui refuse de laisser jaillir ses premières gouttes. Les Hommes courent, pourchassés par leurs démons, ralentis par leurs doutes ou happés par leurs rêves.


Or, bouger, se remuer, ne signifie pas vivre. Avancer n’indique pas toujours la bonne direction. Tout obtenir ne signifie pas être heureux.

Face à la multitude des voies, au tumulte des appels, à la variété des espoirs et à la férocité de leur pression, il faut faire le tri. Se débarrasser du superflu. Isoler l’accessoire. Aboutir à l’indispensable. L’indispensable, c’est ce sans quoi vous n’aurez pas le sentiment d’avoir vécu. C’est ce qui revient sans cesse lorsque vous vous mettez à envisager l’avenir : même lorsque tout l’univers vous dit que vous pouvez vous en passer. C’est ce à quoi vous passerez volontiers les derniers instants de votre vie.

Ces définitions sont forcément imprécises. Car l’imprécision est le fil conducteur de toute quête intérieure. Parfois, le cœur ne sait ce qu’il recherche que lorsqu’il l’a trouvé.


Le courage, le vrai, c’est de descendre dans ses tréfonds, interroger une à une ses aspirations. Souvent, elles sont enfouies sous un tas de déchets intérieurs : doutes, peurs, remords, inhibition. Ces face-à-face sont incontournables, pour qui veut éviter de tourner en rond, d’être porté par tous les vents.


Mais découvrir son for intérieur n’est pas plus aisé que de l’assumer. Peu importe l’échelle que l’on prend (intérieure ou collective), il est toujours pénible de porter une révolution. Le passif, l’existant, les regards et langues alentours, l’immensité de la tâche, sont autant d’obstacles. L’on peut vite se retrouver dans une solitude, être incompris, même au sein de ses proches. Toutes ces épreuves, en plus du temps qui préfère les cuissons douces, des victoires pointant seulement le bout du nez, ont de quoi faire fléchir l’itinérant. Lequel doit se montrer intrépide, car renoncer dans un combat juste est pire que manquer de courage pour le commencer.


L’on a beau vouloir se concentrer sur soi, le travail intérieur est aussi l’art de dialoguer avec l’autre, de naviguer dans la société. Ce qui vous importe le plus au monde peut passer pour une banalité aux yeux de votre voisin, d’un tiers inconnu. Votre façon d’être ou de voir le monde peut progressivement s’éloigner de celle de votre ami, d’une personne que vous tenez en haute estime. Le moment où l’on constate ce désalignement peut être douloureux. C’est comme un divorce. C’est pourtant un moment nécessaire, de clarification : où on reconnaît à l’autre son droit à une sensibilité ou des aspirations différentes, tout en gardant en tête que chacun a son destin à accomplir. L’essentiel est de rester courtois envers l’autre et d’être fidèle à soi-même.


À ce moment-là, on commence à être prêt pour le combat de sa vie. Deux seules choses à savoir : il sera rempli de belles surprises et il ne sera pas facile, car « la vie est une lutte ». Au beau milieu de ce combat, lorsque les difficultés feront rage ou lorsque les tentations germeront, il faut vite refaire un pèlerinage intérieur et répondre à une simple question : « pourquoi fais-je ce que je suis en train de faire ? ».



Photo de couverture : © Maria Isabelle Warren

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